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Les axes de recherche

Le projet de recherche de l’IHMC, tel qu’il a été défini pour le quinquennal 2018-2022, se décline en quatre grands axes de recherche :

Tous les travaux individuels ou collectifs des membres de l’IHMC s’inscrivent dans l’un ou l’autre de ces axes de recherche.

Axe 1 : Conflits et territoires de l’époque moderne et contemporaine

Durant l’époque moderne et contemporaine, il est des territoires définis par des composantes simples, autour de ressources naturelles ou d’activités particulières : ainsi les territoires de pêche ou de chasse. En revanche, les territoires politiques ou religieux étudiés ici sont formés par un ensemble complexe d’éléments, juxtaposés ou superposés, homogènes ou discordants et que les autorités s’efforcent de tenir conjointement afin de donner la force d’une dimension spatiale à leur exercice. Les sociétés modernes et contemporaines semblent obnubilées par ces processus de formation, de défense et de fractionnement des territoires.

Contrairement à la notion de frontière, sur laquelle l’historiographie récente a produit tant de pages, celle de territoire s’efforce de considérer dans un même mouvement les périphéries, les limites, le tissu conjonctif et le coeur intérieur des espaces. L’établissement de connaissances sur ces espaces, les mécanismes d’acculturation, les techniques d’encadrement et de contrôle, l’évangélisation, le développement des infrastructures ou le traitement judiciaire du politique sont parmi quelques-uns des outils mobilisés pour constituer des territoires. A contrario, les fractures religieuses et intellectuelles ou linguistiques, les formes de désobéissances, l’ampleur des phénomènes migratoires, les diverses formes de mobilités semblent menacer les territoires constitués. C’est dans cet espace-temps que se construit la notion de Révolution politique qui, avec la naissance du citoyen, de l’État-nation va également reconfigurer entièrement par des conflits et des conciliations qui s’en suivent la notion de territoires. On l’aura compris, conflit et territoire sont consubstantiels l’un de l’autre et la territorialisation consiste en des constructions matérielles aussi bien qu’intellectuelles ou imaginaires. Plus prosaïquement, les membres de cet « axe 1 » mobilisés pour étudier ces divers mécanismes sont regroupés autour de cinq thématiques : Guerre et territoires ; Conflits religieux ; Révolutions, culture et mémoire politique ; Métropoles et domaines coloniaux ; Conflits et révolutions en Méditerranée.

Membres titulaires travaillant sur cet axe : J. Alérini (Paris 1), H. Blais (ENS), H. Drévillon (Paris 1), J.-M. Le Gall (Paris 1), É. Oliel-Grausz (Paris 1), V. Martin (Paris 1), F. Régent (Paris 1), P. Salmon (ENS), G. Salinero (Paris 1), S. Schick (Paris 1), P. Serna (Paris 1), C. Simien (Paris 1), P. Vo-Ha (Paris 1), C. Zalc (CNRS)

Axe 2 : Villes et environnements

Ce nouveau champ de l’IHMC reprend à sa charge une partie de l’ancien axe histoire des sciences et des savoirs, ainsi que les centres d’intérêts du groupe de recherche sur les forêts françaises. Il s’intéresse à la production des savoirs, des techniques et des pratiques qui permettent de produire des espaces et de les rendre gouvernables en même temps que les populations et êtres vivants (animaux, plantes) qui les occupent et leur relation réciproque (savoirs géographiques, médicaux, botaniques, fiscaux, économiques, artisanaux, visuels...). Il s’agit également d’étudier le rapport entre les êtres vivants et leur habitat sous l’angle de la santé et du bien-être, l’héritage ancien se transformant au fil des siècles et de l’expansion de l’horizon géographique et la tradition des « six choses non naturelles » de la Renaissance se confrontant à des nouvelles « natures ».

Différentes échelles (empires coloniaux, états nations, capitales) et types d’espaces sont abordés dans leur singularité, particulièrement urbains (Paris, Londres, les villes italiennes et allemandes, les villes coloniales) mais aussi ruraux : forêts, campagnes, littoraux, montagnes. L’analyse s’étend du plus local, comme les quartiers citadins, la police et les services urbains, aux courants transnationaux, tels que les diverses circulations des plantes et des humains, qui reconfigurent les territoires et les pouvoirs qui les régissent. Cette réflexion appuyée sur des études situées permet d’aborder la catégorie actuelle d’environnement sur la longue durée (xvie-xxie siècle), tout en l’historicisant, en mettant l’accent sur le basculement du moderne au contemporain.

Cet axe est porté aussi bien par des projets individuels que par des enquêtes collectives (Paris au xviiie siècle ; l’écologie républicaine de la Révolution française ; le commerce des plantes du xvie au xviiie siècle, et d’autres enquêtes en cours de définition).

Membres titulaires travaillant sur cet axe : H. Blais (ENS), J.-L. Chappey (Paris 1), J.-F. Chauvard (Paris 1), V. Denis (Paris 1), C. Guichard (CNRS), M. Le Roux (CNRS), N. Lyon-Caen (CNRS), R. Markovitz (ENS), C.-F. Mathis (Paris 1), V. Nègre (Paris 1), N. Offenstadt (Paris 1), P. Serna (Paris 1), P. Subirade (Paris 1), I. Vérité (CNRS), S. Van Damme (ENS), J. Vincent (Paris 1)

Axe 3 : Savoirs et patrimoines

Dans la continuité du quadriennal précédent, cet axe est dédié à l’histoire des savoirs et aux patrimoines. Ce thème répond aux grandes inflexions historiographiques qui ont touché ces différents domaines et qui rendent possible la convergence de chercheurs venus de disciplines différentes au sein de l’IHMC. Il ne s’agit plus d’étudier l’histoire des sciences, des techniques ou des arts, selon les découpages disciplinaires établis au xixsiècle, mais d’en questionner les frontières et les modalités de formalisation. Cet axe accordera en conséquence une place centrale aux questions de transferts et de traduction entre les champs de savoirs, illustrées par les notions d’« objets frontières » et de « concepts nomades ». On s’appuiera sur la plus grande porosité d’objets, d’approches et de méthodes au sein d’une histoire des savoirs entendue au sens large et marquée, entre autres, par le lien étroit entre les savoirs et les savoir-faire, entre sciences et expérimentations, entre institutions, acteurs et objets.

Un premier fil conducteur s’attachera à analyser, sur la longue durée (de la Renaissance au xxisiècle), la transformation du statut des acteurs, savants, artistes ou intellectuels, sous la forme de biographies ou de monographies, en prenant en compte les transformations des formes de sociabilité et des réseaux dans des contextes politiques et sociaux différents. Cette perspective s’appuiera sur l’étude, à l’échelle locale, nationale et transnationale, des « lieux » et espaces les plus variés (institutions savantes, archives, ateliers et laboratoires…) de production, de diffusion et de vulgarisation des savoirs. S’inscrivant dans les renouvellements historiographiques récents, on s’intéressera particulièrement aux opérations qui expliquent ce qui « fait » science ou art et aux dynamiques d’institutionnalisation, de légitimation ou, à l’inverse, de marginalisation de ces savoirs. Dans la continuité des perspectives portées par l’IHMC, on privilégiera l’inscription de l’histoire des savoirs dans l’histoire des transformations politiques, culturelles et sociales des époques moderne et contemporaine, en particulier les effets des savoirs sur les transformations des modes de gouvernement des hommes, des choses et des territoires. On cherchera à consolider les échanges et les collaborations entre les différents chercheurs engagés autant dans l’histoire des savoirs que dans l’histoire des techniques.

Un autre fil conducteur conduira à interroger les processus de patrimonialisation qui ont accompagné et façonné l’histoire des savoirs dans son extension la plus large. Entendue dans une perspective critique, la thématique « patrimoines » et patrimonialisations permet d’articuler approche politique et « material turn » dans l’histoire des savoirs. Elle permet également d’interroger continuités et ruptures, temporalités politiques dans les processus de collecte et d’appropriation matérielle des savoirs. On s’intéressera aux lieux de savoirs (bibliothèques, ateliers, laboratoires, musées), mais on suivra aussi les biographies des objets patrimonialisés : archives, spécimen, images et objets de science et de techniques, oeuvres d’art. On entend revisiter l’archéologie des disciplines, la formalisation des savoirs et des gestes savants. Au total, ces enquêtes sur les processus, politiques, savants et matériels, de patrimonialisation engagent une écologie de l’objet, au croisement de savoirs esthétiques, naturalistes, scientifiques et environnementaux.

Enfin, on accordera une place centrale aux questions de transferts et de circulations transnationales des savoirs à travers l’étude des mobilités patrimoniales, des opérations de traduction qui affectent les imprimés et les livres, les oeuvres d’art, les objets de science et de technique. Certains dispositifs seront particulièrement scrutés : expositions temporaires, catalogues d’exposition, mobilités des savants et des artistes.

À ces perspectives de recherches s’ajoutent des chantiers de longue date, destinés à fournir des outils à la communauté de chercheurs : publication du Journal du libraire Hardy, base de données sur la population des allocataires de la Caisse nationale des sciences de 1931/32 à 1938/39, Bibliographie de l’histoire de France.

Membres titulaires travaillant sur cet axe : J. Barthas (CNRS), H. Blais (ENS), J.-L. Chappey (Paris 1), M. P. Donato (CNRS), C. Guichard (CNRS), M. Le Roux (CNRS), N. Lyon-Caen (CNRS), V. Martin (Paris 1), C.-F. Mathis (Paris 1), J. Morvan (CDD CNRS), V. Nègre (Paris 1), N. Offenstadt (Paris 1), M. Passini (CNRS), D. Schreiber (ENS), M. Sonnet (CNRS), C. Simien (Paris 1), P. Subirade (Paris 1), L. Tatarenko (CNRS), V. Theis (ENS), S. Van Damme (ENS), J. Vincent (Paris 1)

Axe 4 : Mobilités et échanges

Avec l’axe 4 « Mobilités et échanges », l’IHMC s’inscrit au coeur des importants renouvellements historiographiques des dernières années en histoire globale et transnationale. La mise en place, à la rentrée 2016, du master d’histoire transnationale (ENS-Ecole des Chartes), dans lequel nombre de membres de l’IHMC sont pleinement investis, ainsi que les nombreuses collaborations avec le LABEX TransferS, viennent témoigner des potentialités en termes d’enseignement et de recherche de ces domaines pour le laboratoire. La spécificité des recherches menées à l’IHMC tient sans doute à la dimension européenne des recherches, qu’il s’agisse d’analyser les circulations à cette échelle ou de ré-inscrire l’espace européen dans des dynamiques plus globales. Elles se déclinent en trois thématiques principales.

Premièrement, l’histoire des échanges commerciaux, qui comprend l’histoire des produits et de leur circulation, des réseaux marchands qui les organisent et des formes matérielles et comptables qui les encadrent. Elle est abordée à plusieurs niveaux dans une perspective de longue durée qui concerne en priorité la période moderne. Cet ensemble de recherches propose une histoire de certains produits (draps, toiles, teintures, céréales, plantes…) ; des flux bancaires et financiers (notamment le change), qu’ils soient connectés à la circulation des marchandises et aux besoins des États, ou qu’ils se développent de façon autonome en prenant la forme d’une première « financiarisation » de l’économie ; des acteurs, des firmes et des réseaux marchands qui organisent ces flux. L’approche prend en compte tout à la fois la sociologie des opérateurs, les formes d’organisation auxquelles ils recourent (types de sociétés et de firmes, usage de la commission), ainsi que les modes de gestion utilisés (notamment les pratiques comptables et leur adaptation aux spécificités des marchés). Une réflexion sera menée sur les formes d’« institutionnalisation » du marché (courtage, prix et cours courants, expertise) et le développement de nouvelles pratiques d’échange (les enchères).

Les circulations constituent le deuxième centre d’intérêt de l’axe. Cette thématique concerne plusieurs domaines. Les circulations savantes sont abordées à la fois par l’étude des mobilités universitaires (bourses de mobilité étudiante, histoires de l’Université Paris 1 et de la Cité internationale universitaire) et celle des savoirs scientifiques (mathématiques, physique mais aussi sociologie, histoire de l’art…). L’étude des circulations techniques porte tant sur les hommes qui les portent (artisans, ingénieurs, courtiers) que sur la spécification des savoir-faire eux-mêmes (statistiques, crédit, législation commerciale). Quant à la circulation des informations, elle est envisagée du point de vue des savoirs d’État considérés à la fois au prisme de l’élaboration de l’information commerciale dans les accords diplomatiques et des mobilités d’archives et de matériaux écrits. En outre, un pôle conséquent est consacré aux circulations artistiques et culturelles. Ici, la focale s’élargit à l’échelle mondiale notamment à travers l’étude des transferts des artefacts extra-européens vers l’Europe depuis 1700, l’expansion internationale du modèle de l’exposition, les trajectoires des artistes, des oeuvres et la géopolitique mondiale de l’art. Ces circulations sont notamment envisagées au prisme de la matérialité de l’écrit et de l’imprimé à travers des enquêtes sur l’analyse des correspondances d’artistes à partir de l’observatoire romain aux xviiie et xixe siècles, l’étude des traductions et de « la cohabitation des langues » dans la page des xviie au xixe siècle ou encore l’histoire de la structuration transnationale du marché du livre et de la littérature (Bureau international de la propriété intellectuelle de Berne).

L’histoire des migrations constitue un troisième champ de recherches qui ambitionne de réfléchir aux évolutions des formes de mobilités humaines entre période moderne et contemporaine. Ces recherches s’efforcent de jouer avec les échelles de ces migrations : elles s’attachent à reconstituer les trajectoires individuelles et collectives (trajectoire d’Ahmed Khan, voyageur indien entre l’Inde, l’Empire ottoman et la France révolutionnaire ; monographie sur un lettré juif itinérant, fauteur de troubles, devenu sans doute hébraïsant chrétien vers le milieu du xviiie siècle, David Aboab ; étude du naufrage de « Turcs » survenu en 1716 au large de la Sicile et ses implications ; histoire des migrations corses vers l’Espagne, l’Italie, l’Afrique du nord et le Levant ottoman entre le xve et le xviiie siècles ; prosopographie des migrants juifs du shtetl de Lubartow entre 1920 et 1950).

Les sources administratives et judiciaires mobilisées dans ces enquêtes ne sont pas seulement un moyen d’appréhender ces parcours mais s’insèrent au coeur d’une réflexion collective sur les processus d’identification et de traitement de l’étranger au cours des périodes moderne et contemporaine. Cette réflexion interroge le processus de structuration des réseaux marchands via les appartenances militaires et les conversions religieuses. Elle se penche sur le rôle de certaines institutions dans la résolution des conflits, locaux et supra-locaux (tribunal juif des massari de Livourne au xviiie siècle). Elle comprend aussi l’étude transnationale des droits et des pratiques administratives : l’histoire diplomatique de l’hospitalité dans l’Europe moderne, celle des politiques d’accueil des exilés politiques au xixe siècle ou celle des acquisitions et retraits de nationalité dans l’Europe et la Turquie du premier xxesiècle. L’ensemble de ces travaux contribue à montrer comment la construction des assignations identitaires, comme catégorie identificatoire et instrument politique, pèse sur les migrations internationales mais aussi comment les migrations redéfinissent les termes et formes des appartenances religieuses, locales et nationales.

Membres titulaires travaillant sur cet axe : J. Barthas (CNRS), G. Calafat (Paris 1), J.-F. Chauvard (Paris 1), A. Dalachanis (CNRS), V. Denis (Paris 1), M. P. Donato (CNRS), C. Guichard (CNRS), C. Lebeau (Paris 1), M. Le Roux (CNRS), N. Lyon-Caen (CNRS), R. Markovits (ENS), V. Martin (Paris 1), É. Oliel Grausz (Paris 1), M. Passini (CNRS), P. Pétriat (Paris 1), S. Schick (Paris 1), P. Subirade (Paris 1), I. Vérité (CNRS), V. Theis (ENS), A. Wegener Sleeswijk (Paris 1), B. Wilfert (ENS), C. Zalc (CNRS)

Publié le 4 mars 2015, mis a jour le vendredi 14 octobre 2022

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