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La journée d’étude se déroulera les jeudi 3 et vendredi 4 juin 2027. Les participant.e.s seront accueilli.e.s le mercredi 2 juin au soir. Les repas du 3 et 4 ainsi que l’hébergement seront pris en charge tandis que les frais de transport seront financés par les laboratoires respectifs des personnes sélectionnées.
Les propositions, en anglais ou en français (une compréhension orale des deux langues sera nécessaire), seront constituées d’un résumé/abstract de 300 mots maximum, et comporteront également le nom, le statut, l’affiliation institutionnelle et les informations de contact de leur auteur·trice. Les doctorant·es, post-doctorant·es et jeunes chercheur·ses sont particulièrement encouragé.e.s à soumettre une proposition.
Les propositions devront être envoyées aux organisateur·trices en écrivant à pauline.mailloux[at]univ-tlse2.fr et alexandre.binoux[at]efrome.it d’ici le 30 novembre 2026. Les participant.e.s recevront une réponse le 15 janvier 2027 au plus tard.
pauline.mailloux[at]univ-tlse2.fralexandre.binoux[at]efrome.it
Entre 2004 et 2009, Claudia Moatti, Wolfgang Kaiser et Christophe Pébarthe publiaient une trilogie fondatrice sur les procédures de contrôle et d’identification en Méditerranée (Moatti 2004 ; Moatti et Kaiser 2007 ; Moatti, Kaiser et Pébarthe 2009). Ces ouvrages faisaient en particulier la part belle au rôle des papiers (passeports, patentes et autres documents de voyage) comme instruments de contrôle des mobilités. Une vingtaine d’années plus tard, ce champ d’études demeure florissant, particulièrement dans les études tardo-médiévistes, modernistes et contemporanéistes (Grenet, Guéna, Kikuchi, 2022). Les dernières années ont vu la parution d’études approfondissant cette dimension initiale du contrôle et de l’identification au regard du développement d’États maritimes et terrestres (Calafat et Grenet, 2023 ; Hathaway 2021).
Le "papier" s’entend comme un document administratif, notamment demandé par les institutions auprès des populations en mouvement et des personnes qui les encadrent. Il est (auto)référentiel : son contenu renvoie à son détenteur ou à un ensemble d’humains et de marchandises surveillés par les autorités d’un lieu. Plus largement, nous inclurons dans notre réflexion toute la production documentaire qui entoure les mobilités. Si des mentions de laisser-passer et de documents de voyage sont attestées depuis l’Antiquité, l’usage du papier ne se généralise qu’à partir de la fin du Moyen Âge, puis se spécialise aux époques moderne et contemporaine (Lucassen 2002), avant d’entamer sa transition vers le document numérique au tournant du xxie siècle. Bien que ces ruptures chronologiques soient indéniables, cette journée d’étude entend montrer que les procédures matérielles du contrôle ont pris forme sur une longue chronologie (xive-xxe s.). Plusieurs mécanismes, que nous souhaiterions mettre à la discussion, ont particulièrement stimulé le développement des papiers : le déplacement maritime, le mouvement terrestre transfrontalier, ainsi que la coexistence de populations aux cultures et sujétions différentes. Le mouvement est devenu progressivement indissociable du papier, tant par sa présence, qui le sécurise, que son absence, qui le met en difficulté, voire l’entrave.
Analyser la documentation du déplacement s’impose comme un questionnement nécessaire pour tout.e historien.ne de l’(im)mobilité : le papier se comprend autant comme un support d’information que comme un outil de protection et de surveillance déployé par les acteurs concernés, institutionnels ou non. Cette journée d’étude souhaite faire des papiers le point de départ de l’étude des mobilités. Qu’il s’agisse de leur présence – parfois très abondante – ou de leurs absence ou manques, les papiers sont un élément central pour l’historien des mobilités comme pour les personnes mobiles elles-mêmes. L’amplitude chronologique et géographique considérée est volontairement large. D’une part, elle invite à reconsidérer les ruptures chronologiques traditionnelles afin de penser les liens entre mobilités et papiers dans le temps long. D’autre part, elle cherche à envisager les contributions dans une perspective comparative, entre des espaces où le rapport au papier et à la culture écrite diffère, mais aussi entre terre et mer. Nous recevrons ainsi les propositions allant du Moyen-Âge tardif (xive-xve s.) à l’époque contemporaine (jusqu’au xxe s.), et ce sans limites géographiques afin de favoriser cette dimension comparative.
Les contributions relatives aux thèmes suivants seront particulièrement encouragées :
Les papiers conservés ont un double usage. Ils contiennent des informations de première ou de seconde main qui constituent des observatoires des mobilités pour les chercheurs d’aujourd’hui (Denis, 2010). Cette vocation documentaire toutefois n’est pas propre à la réflexion contemporaine. Dès l’Ancien Régime, assurer une trace écrite et archivistique des mobilités faisait partie des préoccupations tant des administrations que des personnes en mouvement. Du XVIIIe siècle au XXe siècle, la production de papiers gagne en intensité et se perfectionne, tant en volume qu’en précision (Calafat et Grenet 2023), et s’accompagne d’un renforcement du pouvoir de l’administration et d’une réduction de la diversité des intervenants (Bruno, Rygiel, Spire et Zalc 2006). Les papiers tels que les passeports jouent un rôle déterminant pour distinguer les citoyens des non-citoyens (Torpey 2005). Comment appréhender ce double niveau de lecture ? Comment intégrer à l’étude historienne les présences et absences de données au fort potentiel heuristique, dans une documentation toujours partielle ?
Si la définition épistémologique de la source du mouvement sera au coeur de la réflexion, nous consacrerons également une part de l’analyse à la production des données et à la quantification du papier. Tout autant que la source, la donnée/data est une documentation employée en vue d’une validation empirique (Anheim et Stanziani 2025). Les questionnements traditionnels du quantitatif (Lemercier et Zalc 2008) comme le mode de saisie ou les critères d’identification des personnes prennent une importance particulière dans le cadre de l’histoire migratoire, où les personnes ne cessent de se déplacer et changent de contexte linguistique. De ce fait, les informations contenues dans les papiers doivent moins être comprises comme des variables absolues que comme des informations dont la signification et l’importance changent selon les contextes et les seuils (Zalc 2016). Si l’utilisation de bases de données ne sera pas attendue à chaque présentation, la journée d’étude aura toutefois en partie pour objectif de réfléchir à la mesure du papier et à son appréhension par le.a chercheur.se.
Les documents de voyage occupent une position ambivalente dans les mobilités. En effet, ils constituent autant une protection pour leur porteur qu’un moyen de contrôle (entendu à la fois comme vérification et comme coercition) pour les autorités qui les délivrent, les reçoivent, les interceptent (Benton et al. 2017 ; Denis 2008 ; Markovits 2026 ; Sahlins 2004 ; Torpey 1998). Quelles sont les variations d’équilibre entre ces deux dimensions ? Comment les acteurs s’approprient-ils ces outils, dans la diversité de leur matérialité, et quels usages pratiques en font-ils ? Il s’agira d’envisager la place occupée par les papiers dans l’arsenal à la disposition des autorités pour tenter de réguler les mobilités. Mais nous porterons également une attention particulière aux mésusages et détournements potentiels de ces documents, ainsi qu’aux réactions, adaptations des autorités en conséquence.
Bien que l’accroissement documentaire soit certain tout au long de notre période, une large partie des populations en mouvement cherchant à atteindre ou à fuir un lieu échappait volontairement ou non à cette documentation. Nous invitons les participant.e.s à envisager la perte documentaire qui fragiliserait le quotidien des personnes en mouvement, ou à développer leurs analyses sur l’absence d’informations tenues dans des registres ou des papiers. À titre d’exemple, les travaux de Miranda Spieler (Spieler 2025) nous invitent à réfléchir sur l’apparition ou la disparition de personnes esclavisées cherchant à fuir les autorités françaises qui les encadrent, ou du moins, à obtenir gain de cause dans ces procédures dont ils/elles voudraient se départir. L’absence s’entend autant dans la disparition d’une personne dans un registre, que dans une information manquant à un document administratif, révélant des difficultés de parcours, des pertes, voire l’incapacité totale à faire référence à des documents civils de la terre natale, disparus dans les destructions (Kunth 2023). Quelles sont les stratégies, pensées ou improvisées par les acteurs, pour palier la perte documentaire et pour prouver leur identité aux autorités ? Au contraire, quelles sont les attitudes adoptées pour fuir le processus documentaire qui mettrait en péril leur intégrité ?
Publié le 2 octobre 2026, mis a jour le mardi 6 octobre 2026
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