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Une éducation révolutionnaire ? Apprendre la Révolution, apprendre de et dans la Révolution

Séminaire de Master 2 de l’IHMC–IHRF (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) avec l’université de Genève et les Archives Nationales.

Sous la direction de Jean-Charles Buttier (université de Genève ; ÉDHICE), Pierre Serna et Côme Simien (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; IHRF-IHMC)

Semestre de printemps 2022

Salle Marc Bloch, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
14 rue de la Sorbonne, Paris 5e
et sur Zoom (ID de réunion : 913 7479 8561 ; code : 128774)

Le mercredi de 17 h 00 à 19 h 00

Contact : pierreserna@wanadoo.fr

« Apprendre la Révolution » poursuit sa réflexion pour la deuxième année et s’enrichit de l’arrivée de Côme Simien dans la direction du séminaire. L’enjeu est de poursuivre le travail autour du rapport dialectique entre éducation et révolution pendant la Révolution française sans s’y limiter puisque la charnière entre deux siècles est fondamentale, entre les projets des philosophes des Lumières et les réalisations pédagogiques des États naissant et s’affermissant au début du xixe siècle. La figure de Pestalozzi est ainsi emblématique incarnant une innovation pédagogique qui s’inscrit dans la continuité d’un siècle marqué par l’intense réflexion éducative d’une part et qui rencontre l’évènement révolutionnaire d’autre part. Dans la seconde moitié du xviiie siècle s’est ainsi élargi l’horizon d’attente des pédagogues qui ont progressivement identifié leur public au peuple, tentant des expériences à un niveau personnel et local parfois, jusqu’à imaginer des utopies pédagogiques pour des sociétés entières.

Une révolution pédagogique et politique s’opère alors pour interroger toutes les formes d’éducation populaire. L’école n’est qu’un des lieux et des temps de l’éducation qui prend avec la Révolution française un sens civique. Le constant va-et-vient entre le terrain de la lutte politique et celui de l’innovation éducative devient ainsi un mouvement de fond qui se manifeste, par exemple, par l’insistance sur toutes les formes de vulgarisation ou « élémentation » des savoirs, y compris politiques. Tous les âges sont concernés par une première ébauche d’éducation permanente.

Dans son article consacré à l’histoire de la pédagogie écrit pour le Nouveau dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire (1911) sous la direction de Ferdinand Buisson, le grand pédagogue républicain Gabriel Compayré voit dans le xviiie siècle la véritable rénovation des études et des méthodes pédagogiques. James Guillaume, historien majeur de la politique éducative révolutionnaire a ainsi insisté sur le fait que Pestalozzi fut fait citoyen français par la Législative en 1792. En 1883, Georges Dumesnil publia une histoire de l’école révolutionnaire sous le titre La Pédagogie révolutionnaire. Ces deux auteurs ont souhaité mettre en correspondance ce que Dumesnil appelle « les documents pédagogiques » et Guillaume « les systèmes pédagogiques » (dans une Note sur l’instruction publique parue en volume en 1888) et les « régimes politiques » (Guillaume) ou « forces politiques » (Dumesnil). Ainsi, dans le contexte du Centenaire de 1889, les deux historiens analysent les projets politiques et éducatifs qui se succèdent tout au long de la décennie révolutionnaire.

Cette approche règlementaire fut reprise dans le contexte du Bicentenaire de 1989 par de grands historiens de l’école révolutionnaire, tels que Bronislaw Baczko ou Dominique Julia. L’introduction de l’ouvrage de Baczko qui analyse les projets révolutionnaires (Une éducation pour la démocratie, 1982)permet d’examiner le lien opéré entre éducation et politique : « La pédagogie est ainsi tour à tour, le déterminant et le déterminé d’une politique. » Cette relation étroite entre pédagogie ou éducation, et politique est centrale.

Mona Ozouf publia en 1989 un recueil de ses articles intitulé L’homme régénéré dont elle détaille le projet en étudiant l’expression « pédagogie révolutionnaire » utilisée par Dumesnil un siècle plus tôt mais dans un sens très différent : « C’est donc autour de la pédagogie révolutionnaire que tourne ce livre, bien qu’il n’aborde jamais les contenus pédagogiques proposés par les réformateurs révolutionnaires de l’Instruction publique. » Elle précise plus loin que « L’école ici prend un sens extraordinairement dilaté : elle se confond avec la Révolution elle-même. » De son côté, Dominique Julia a participé au Dictionnaire historique de la Révolution française et, faisant référence à l’analyse de l’école par Ozouf sous l’angle du transfert de sacralité ou bien se référant aux travaux de Baczko et à son étude de l’œuvre scolaire révolutionnaire sous l’angle de l’utopie, Julia insiste dans son article sur la dimension patrimoniale des projets révolutionnaires : « Surtout, elle a fait de l’école un vecteur d’émancipation, creuset d’une égalité démocratique entre les citoyens, agent actif, par l’accès à la culture qu’elle procure, d’une promotion sociale due au seul mérite. »

Vingt ans après le Bicentenaire, en 2009, Jean-Luc Chappey a dressé un bilan historiographique au titre significatif, « Les écoles de la Révolution : pour en finir avec la thèse de la table rase », qui illustre les enjeux contemporains de cette histoire de l’éducation révolutionnaire dans un sens extensif : « En l’an II, la pédagogie envahit tout l’espace social et politique. » En 2013, l’historien de l’école révolutionnaire René Grevet a consacré un article à la question dialectique suivante : « L’école de la Révolution à l’épreuve de l’utopie réformatrice. » Il a analysé « le fait scolaire en révolution » pour aboutir au constat d’un « décalage entre les espérances révolutionnaires et les réalisations » d’une part mais aussi pour constater que la Révolution a jeté « les bases d’une instruction publique sous le contrôle d’un État enseignant. »

Dans la continuité de ces travaux qui embrassent l’éducation ou la pédagogie révolutionnaire dans un sens étendu et mêlent éducation et politique, ce séminaire sera organisé autour des axes suivants :

  • Les discours et pratiques politiques : comment se construit une politique pédagogique, depuis les Assemblées nationales jusqu’aux écoles de village, quelles sont les dynamiques des débats entre députés, puis une fois votée, comment est appliquée la loi et quels pouvoirs peuvent se donner ses représentants ou les fonctionnaires pour vérifier sa bonne application ?
  • Comment la Révolution a-t-elle clairement identifié la naissance d’une nation par cette invention pédagogique qui n’allait pas tarder à la placer face aux forces traditionnelles du clergé et donc, la Révolution et la période qui a suivi avec l’Empire ont-elles réussi une première acculturation ou non ?
  • Les transferts pédagogiques, en particulier, ceux qui s’opèrent entre les différents supports utilisés comme support d’éducation populaire (presse, brochures, théâtre, fêtes, musées, etc.) mais aussi pour instruire les enfants ou les adultes (livres élémentaires, manuels de vulgarisation, etc.). Un contexte révolutionnaire est souvent propice à ces transferts car la pédagogie envahit toute la sphère publique.
  • Le mouvement de fond observé au cours de la période concernée est un jeu de va-et-vient entre le terrain de la lutte politique et celui de l’innovation pédagogique ce qui pose la question du rapport entre engagement et éducation politiques. Ce déplacement de la lutte politique vers l’éducation a été notamment observé chez les Conventionnels en exil et leurs enfants par Sergio Luzzatto (Mémoire de la Terreur, 1991).
  • Les acteurs et actrices ne seront pas oublié·e·s, les instituteurs et institutrices de l’époque révolutionnaire, mais aussi les professeurs d’institutions républicaines comme le Museum d’histoire naturelle par exemple, ont eu un rôle de premier plan qu’il convient d’étudier non seulement sous l’angle de l’histoire politique, sociale mais aussi du genre. Il serait utile d’interroger la règlementation et son application et donc analyser contrôle normatif par les instances en charge de la surveillance de ces diverses formes d’éducation, notamment sous le Directoire, régime particulièrement intéressant par sa durée.

Le rappel de ces enjeux doit permettre d’introduire une nouvelle problématique, celle de la sécularisation de la société, de la politique et de l’enseignement. Peut-on parler de laïcisation ou de « pré-laïcisation », comme le suggère Jean-Charles Buttier dans un récent article sur l’enseignement de la morale ? La question est d’importance car elle désamorce quelque peu l’idée d’un transfert de sacralité vers les institutions républicaines et met en valeur au contraire l’autonomisation des nouvelles formes du contrat social, politique et pédagogique émergeant avec ses impératifs civils et civiques nouveaux durant la période. Qu’est-ce qu’un enseignement laïc dans cette société qui vient de connaître une guerre civile aussi provoquée par la question religieuse ? Comment reconstruire un nouveau pacte républicain à partir d’une éthique nouvelle et de nouveaux cultes républicains ?

Télécharger le programme du séminaire (.pdf, 397 ko)

Bibliographie

Fayolle (Caroline) et Buttier (Jean-Charles) (dir.), Pédagogies, utopies et révolutions (1789-1848), numéro spécial de La Révolution française, les Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française, no 4, 2013.

Baczko (Bronislaw), Une éducation pour la démocratie. Textes et projets de l’époque révolutionnaire, Paris, Garnier, 1982.

Baczko (Bronislaw), « Ici on s’honore du titre de citoyen », dans Monnier (Raymonde) (dir.), Citoyens et citoyenneté sous la Révolution française, Paris, Société des études robespierristes, 2006.

Boulad-Ayoub (Josiane) (dir.). Former un nouveau peuple ? Pouvoir, Éducation, Révolution, Paris, France, Saint-Nicolas (Québec), Les Presses de l’Université de Laval, L’Harmattan, 1996.

Buttier (Jean-Charles), « Un exemple de transfert pédagogique : le catéchisme politique », Paedagogica Historica. International Journal of the History of Education, 2012/4, p. 511-547.

Buttier (Jean-Charles), « Les trois vies du Catéchisme républicain, philosophique et moral de La Chabeaussière », Annales historiques de la Révolution française, avril-juin 2011, 364, p. 163-192.

Chappey (Jean-Luc), « Les écoles de la Révolution : pour en finir avec la thèse de la table rase », dans Biard (Michel) (dir.). La Révolution française. Une histoire toujours vivante, Paris, Tallandier, 2009.

Fayolle (Caroline), La Femme nouvelle. Genre, éducation, Révolution (1789-1830), Paris, CTHS, 2017.

Grevet (René), Marchand (Philippe) (dir.), Les débuts de l’École républicaine (1792-1802). Revue du Nord, Tome LXXVIII, octobre-décembre 1996.

Grevet (René), L’avènement de l’école républicaine (1789-1835), Villeneuve d’Ascq, Presses du Septentrion, 2001.

Grevet (René), « L’école de la Révolution à l’épreuve de l’utopie réformatrice  », dans Buttier (Jean-Charles), Fayolle (Caroline) (dir.), Pédagogies, utopies, révolutions (1789-1848), La Révolution française, no 4, 2013.

Julia (Dominique), Les trois couleurs du tableau noir. La Révolution, Paris, Belin, 1981.

Julia (Dominique), « Instruction publique/éducation nationale », dans Soboul (Albert) (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, 1989.

Luzzatto (Sergio), Mémoire de la Terreur . Vieux montagnards et jeunes républicains au xixe siècle, Lyon, PUL, 1991.

Ozouf (Mona), La fête révolutionnaire (1789-1799), Paris, Gallimard, 1976.

Ozouf (Mona), L’École de la France : essais sur la Révolution, l’utopie et l’enseignement, Paris, Gallimard, 1984.

Ozouf (Mona), L’homme régénéré. Essais sur la Révolution française, Paris, Gallimard, 1989.

Serna (Pierre), « Révolution », dans Baczko (Bronislaw), Porret (Michel), Rosset (François) (dir.), Dictionnaire critique de l’utopie au temps des Lumières, Georg editeur, Chêne-bourg, Suisse, 2016, p. 1093-1115.

Simien (Côme), « Des maîtres d’école aux instituteurs : une histoire de communautés rurales, de République et d’éducation, entre Lumières et Révolution (années 1760–1802) », Annales historiques de la Révolution française, 2018/2 (no 392), p. 189 à 202.

Publié le 1er mars 2022, mis a jour le mercredi 30 mars 2022

Séances

Mercredi 23 mars 2022, 17 h – 19 h
Séance introductive

Présentation générale : Jean-Charles Buttier, Pierre Serna et Côme Simien

Clément Daynac (doctorant IHMC-IHRF / université de Nancy)
« Apprendre et forger le Nouveau Régime en milieu urbain dans et hors les structures scolaires, l’exemple de Nancy au début de la Ire République. »


Mercredi 30 mars 2022, 17 h – 19 h
Les Ruines de Volney, une pédagogie émancipatrice de l’histoire entre France et Allemagne

Pauline Pujo (professeur d’allemand en CPGE littéraires, Toulouse, CIRAMEC, université Bordeaux Montaigne)


Mercredi 20 avril 2022, 17 h – 19 h
Les sources de l’histoire de l’éducation sous la Révolution

Séance aux Archives Nationales

Céline Parcé, Édith Pirio et Marie Ranquet (Archives Nationales)


Mercredi 4 mai 2022, 17 h – 19 h
Aux origines montagnardes des sciences politiques entre France et Suisse : quand la simulation remplace le catéchisme (1768-1791)

Jean-Loup Kaestler (doctorant IHMC/ IHRF, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)


Mercredi 18 mai 2022, 14 h – 18 h
Transmettre l’histoire de la Révolution française en Suisse romande

Demi-journée d’études conclusive à l’Unige (université de Genève)

Voir le programme complet

Pierre Serna (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Introduction

Nathalie Dahn-Singh (université de Fribourg)
De « l’aride » catéchisme à la veillée : critiques et réappropriations d’un modèle pédagogique de l’ère révolutionnaire au début du xixe siècle (Suisse romande, 1815-1845)

Jean-Charles Buttier (université de Genève)
La didactisation de l’histoire de la Révolution française aujourd’hui : une comparaison franco-romande

Charles Heimberg (université de Genève)
L’élémentation des savoirs : un retour à la Révolution française pour (re)penser leur transmission d’aujourd’hui

Côme Simien (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Conclusions


Mercredi 25 mai 2022, 17 h – 19 h
Quelle langue parler pour instruire le citoyen ?

Cette séance était initialement programmée le 13 avril 2022.

Inscription obligatoire auprès de biblio.ihmc@univ-paris1.fr

Émilien Arnaud (master, École des Chartes), Anne Simonin (directrice de recherche, EHESS), Côme Simien (maître de conférences, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne).


Mercredi 8 juin 2022, 17 h – 19 h
Laïcité, pluralité, éducation, Révolution

Séance initialement prévue le 27 avril

Inscription obligatoire auprès de biblio.ihmc@univ-paris1.fr

Philippe Boutry (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre d’histoire du xixe siècle)

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