↑

Accueil > Le Laboratoire > Actualités de l’IHMC > Archives des actualités

Soutenance de HDR de Boris Adjemian

Terrains, archives, mémoires : Pour une socio-histoire du national en diaspora

Boris Adjemian a le plaisir de vous annoncer la soutenance de son habilitation à diriger des recherches, le vendredi 13 mai à 14 h à l’École Normale Supérieure, salle 316 (3e étage), 46 rue d’Ulm, Paris 5e.

Celles et ceux d’entre vous qui souhaitent assister à cette soutenance sont bienvenus. Vous pouvez vous inscrire auprès de Boris Adjemian : bnu@bnulibrary.org

Le dossier d’habilitation, composé sous la direction de Claire Zalc, est présenté sous le titre suivant : « Terrains, archives, mémoires : Pour une socio-histoire du national en diaspora ».

Le plat de résistance, c’est-à-dire le mémoire inédit, s’intitule « Archives, exil et politique : Aram Andonian et la Bibliothèque arménienne de Paris (1927-1951) » (voir résumé ci-dessous).

Le jury sera composé de Sophie Coeuré, Jean-Marc Dreyfus, Alexandra Garbarini, Raymond Kévorkian, Judith Lyon-Caen, Taline Ter Minassian et Claire Zalc.

============
Résumé du mémoire inédit

Le 23 décembre 1951, une figure des lettres arméniennes, ancien déporté, survivant et grand témoin du génocide de 1915, s’éteint à l’hôpital Necker, à Paris. Aram Andonian vient de passer ses derniers jours cloué au lit, dans sa chambrette de fortune aménagée dans une des salles de la Bibliothèque Nubar de l’Union générale arménienne de bienfaisance, square Alboni, à quelques pas des quais de Seine. Ancien journaliste et auteur d’Istanbul, rescapé par miracle de l’assassinat de son peuple, exilé depuis 1919 à Paris où il a résidé sans discontinuer jusqu’à la fin de sa vie, connu pour ses récits de souvenirs à caractère littéraire sur le génocide ainsi que pour sa contribution précoce à son historiographie, Aram Andonian a été à la fois le concepteur de la Bibliothèque jusque dans ses moindres détails et sa cheville ouvrière, son âme. Depuis 1927, il lui a consacré toute son énergie, n’ayant pour lui-même « ni nuits, ni fêtes, ni dimanches » comme il l’écrivait peu avant l’inauguration pour définir sa mission future.

La « Bibliothèque nationale arménienne de Paris », comme la dénommait Andonian à l’origine, ne pouvait en effet pas être un lieu anodin, eu égard aux circonstances dramatiques de sa naissance et à la situation du peuple arménien au moment de sa fondation. Îlot de culture arménienne en diaspora, son existence était la conséquence directe du génocide. Sanctuaire érigé pour faire face à la destruction des Arméniens de l’Empire ottoman et de leur patrimoine littéraire, comme une réponse à l’anéantissement, elle devait préserver les richesses d’une culture malmenée par l’histoire et permettre la renaissance intellectuelle d’une nation meurtrie. Son existence même avait valeur de témoignage d’un projet national qui s’évertuerait à perdurer. Cette dimension particulière de la Bibliothèque arménienne explique le dévouement sacerdotal de son premier bibliothécaire pour la doter et l’organiser méthodiquement, sollicitant inlassablement les dons de bibliothèques privées, cataloguant un à un ses milliers de volumes, brochures et opuscules, archivant sans relâche manuscrits et documents autographes dans un rôle ingrat de moine copiste et de préposé à l’accueil des lecteurs. Plus tard, défendant bec et ongles la Bibliothèque lorsque, en 1941, les autorités allemandes d’occupation s’avisèrent de la transférer à Berlin. Vidant de nuit les caisses de livres remplies dans la journée par les pillards, se couvrant de suie en descendant secrètement les plus précieux d’entre eux par sacs entiers à la cave. Se démenant après-guerre pour récupérer les livres pillés. Écrivant et archivant jusqu’à la fin.

**************

De quoi parle-t-on lorsque l’on évoque l’histoire d’un bibliothécaire arménien et de ses livres dans le Paris de l’entre-deux-guerres, puis leur devenir sous l’Occupation ? Dans l’histoire européenne des spoliations de biens culturels en temps de guerre, celle de la Bibliothèque arménienne n’apparaît que comme un épiphénomène. Dans l’histoire des Arméniens au 20e siècle, dominée par le génocide et les rêves de renaissance d’un foyer national et d’un État, il n’y a guère de place pour les livres, et encore moins pour les bibliothèques. Pour Andonian et nombre de ses compatriotes, pourtant, la Bibliothèque possédait une valeur qui dépassait de loin celle d’une simple collection de livres. Il en allait de la sauvegarde d’un bien national. L’histoire de la Bibliothèque arménienne de Paris a ainsi trait au lien entre l’archive, entendue au sens large, et l’affirmation du national en exil ; à la reconstruction après le génocide à travers la relation d’un intellectuel survivant au témoignage et au patrimoine. Hypothèse qui implique de ne pas considérer l’écrit pour sa seule valeur textuelle, l’archive pour sa simple dimension informative, mais l’un et l’autre comme des actes et, à ce titre, des objets d’histoire en tant que tels.

Publié le 26 avril 2022, mis a jour le jeudi 29 septembre 2022

Version imprimable de cet article Version imprimable
Accueil du site IHMC
 
Institut d'histoire moderne
et contemporaine – UMR 8066
ENS, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris
+33 (0)1 44 32 32 86
contact-ihmc@ens.fr
Facebook YouTube