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Mercredi 3 et jeudi 4 juin 2026
Amphithéâtre Marguerite de Navarre
Collège de France (site Marcelin Berthelot)
11 place Marcelin-Berthelot, Paris 5e
Colloque organisé par Antoine Lilti, Silvia Sebastiani et Stéphane Van Damme, dans le cadre de la chaire « Histoire des Lumières, xviiie-xixe siècle » du Collège de France, avec le soutien de la Fondation Collège de France, de la Fondation Hugot du Collège de France et de l’Institut canadien de recherches avancées (ICRA / CIFAR).

En 1738, dans ses Éléments de la philosophie de Newton mis à la portée de tout le monde, Voltaire justifie ainsi son entreprise : « La science de la nature est un bien qui appartient à tous les hommes ». Ce qui ne signifie pas que tous peuvent y contribuer également, mais que tous ont droit à en connaître les résultats. L’universalité de la science ne tient pas seulement à sa capacité à édicter des lois valables en tous lieux et en tout temps ; elle implique que le savoir produit soit universellement partagé, qu’il devienne un bien commun. Les paradigmes newtonien, puis lavoisien et linnéen, qui ont si souvent servi de modèles à la définition de « la science » moderne, ont longtemps été associés à l’exigence de publicité du savoir scientifique : celui-ci doit être rendu disponible, à la fois matériellement et intellectuellement, par des intermédiaires comme Voltaire, afin de permettre à chacun, et notamment à ceux qui n’ont ni la possibilité ni le temps d’entrer dans le détail des calculs, d’avoir « connaissance de leur bien ».
Cet idéal d’ouverture et de publicité des Lumières entrait en conflit avec la supposée fermeture et la culture du secret des savoirs artisanaux comme avec la hiérarchie et la sélectivité des institutions savantes. Or, ces clivages ont été profondément discutés. Si la publicité des sciences est au cœur du projet des Lumières, elle pose, dès le xviiie siècle, autant de problèmes qu’elle n’en résout. Qui en énonce les résultats ? Qui se chargera de publier les résultats scientifiques ? Le public peut-il trancher les différends entre savants ? L’entrée du public sur la scène savante transforme les périmètres sociaux de son analyse : quel rôle jouent les femmes, les amateurs, les artisans, dans ce monde savant à la fois en voie de spécialisation et ouvert sur le public ? Quelle est la place des savoirs profanes dans le monde savant des Lumières ? La diffusion de la science peut-elle échapper à sa mise en spectacle, à sa simplification, aux abus des demi-savants et des charlatans ? Cette ouverture sociale portée par les nouvelles approches des Lumières conduit ainsi à mettre en question la catégorie de science elle-même. Les problématiques d’aujourd’hui ne sont plus celles du tournant culturel des années 1990, et ce colloque sera l’occasion de discuter les perspectives ouvertes par exemple par la réflexion sur les communs scientifiques, le financement des sciences, l’utilité des sciences ou la propriété intellectuelle.
Par ailleurs, la proposition de Voltaire est loin d’épuiser l’universalité de la science des Lumières, comme le montre l’ambivalence du « monde » qui figure dans son titre. Extension sociale maximale, certes, mais qu’en est-il de l’extension géographique, de la mondialité des sciences, de leur dimension globale ? En 1999, l’ouvrage collectif The Sciences in Enlightened Europe, dirigé par William Clark, Jan Golinski et Simon Schaffer, prenait déjà la mesure de ces déplacements en proposant de sortir des lieux de savoirs légitimes. Mais en proposant une nouvelle topographie des sciences du xviiie siècle, il restait confiné aux limites de l’Europe sans toujours questionner les dynamiques impériales qui marquaient alors la production des sciences. L’histoire globale des sciences a depuis complété le tableau de la fabrique européenne de la science des Lumières, en prenant acte de l’élargissement massif des réseaux de la circulation de la science et des savoirs sur la nature, sur l’importance des savoirs et des acteurs extra-européens, sur les liens entre science européenne et domination de la planète. On a également montré combien les réseaux esclavagistes ont contribué à la constitution des savoirs et à l’approvisionnement des cabinets de curiosités et des musées dans les capitales européennes. Les recherches les plus récentes dessinent un monde des Lumières étendu à l’ensemble des continents ; elles soulignent que les rapports de force entre puissances ont activé la recherche savante, entre empires européens mais aussi entre métropoles européennes et autres puissances impériales. Ces approches remettent en question le récit d’un progrès spécifiquement européen – longtemps dominant et intrinsèquement lié au geste propre aux Lumières de l’écriture de l’histoire des sciences – pour lui substituer une autre histoire, celle d’une fabrique mondiale des sciences, fondée sur des échanges inégaux, des intermédiaires locaux dont l’invisibilisation a masqué les mécanismes de coproduction des savoirs, et une économie de prédation fondée sur l’extractivisme. Enfin, elles insistent sur le fait que les sciences elles-mêmes ont contribué à produire et à naturaliser des frontières entre disciplines, entre les humains et le reste du monde vivant, mais aussi au sein même de l’humanité : frontières de race et de genre, notamment, frontières nationales aussi. L’extension géographique problématisait l’universalité des sciences en attaquant l’approche diffusionniste des sciences européennes, mais sans toujours proposer une analyse précise de leur circulation dans les différents contextes.
Ces deux traditions historiographiques (l’histoire culturelle des sciences et l’histoire globale des sciences) se sont succédé sans véritablement être articulées. Or, une commune interrogation sur l’universalité les traversait. Là où le questionnaire des années 1990 avait repeuplé l’univers des sciences de nouveaux acteurs (les femmes, les artisans, etc.), le tournant global a continué à allonger la liste en y ajoutant les esclaves ou les non-humains. Revenir aujourd’hui sur la question des Lumières et de la science invite ainsi à combiner la question de la diffusion sociale et celle des échelles pour mieux penser l’ambition universaliste des sciences modernes et ses limites.
09 h 00 - 09 h 30 | Introduction
Antoine Lilti, Silvia Sebastiani et Stéphane Van Damme
Jessica Riskin
Maxime Guttin
Stefanie Gänger
Modération : Antoine Lilti
Jens Amborg
Émilie-Anne Pepy
Modération : Antoine Lilti
Gregory Quenet
Jan Synowiecki
Antoine Lilti
Simon Schaffer
Mélanie Traversier
Juan Pimentel
Sujit Sivasundaram
Modération : Antoine Lilti
Francesca Antonelli
14 h 30 - 15 h 00 | Décrire des savoir-faire, publier des sciences : le vert-de-gris dans le Montpellier des Lumières
Pierre-Yves Lacour
Jean-Luc Chappey
Modération : Antoine Lilti
16 h 30 - 18 h 00 | Table ronde et discussion finale
Shiru Lim, Lavinia Maddaluno, Neil Safier et Nathalie Vuillemin
Publié le 26 mai 2026
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