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[AAC] Faire face aux crises : ressources, identités, mémoires

Atelier doctoral 2026 de l’IHMC

Couverture de l'ouvrage

Date limite de dépôt : lundi 11 mai 2026

La journée d’étude aura lieu le mercredi 17 juin 2025 à Paris (amphithéâtre Dupuis, centre Malher, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 9 rue Malher, Paris 4e)

Modalités de soumission

Une priorité sera donnée aux doctorant·es de l’IHMC dans le choix des participant·es. Toutefois, cette rencontre se veut ouverte aux membres d’autres laboratoires, institutions ou universités. Ainsi, il est vivement souhaité que plusieurs communications soient présentées par des intervenant·es extérieur·es.

Les communications dureront 20 minutes et seront suivies d’une discussion avec un·e chercheur·se de l’IHMC.

Les demandes de prise en charge de frais de déplacement seront examinées au cas par cas. Les contributions en visioconférence seront acceptées.

Pour participer, vous pouvez envoyer une proposition comportant un titre et un bref texte de présentation de la contribution envisagée (1 500 à 2 000 caractères, espaces compris). Les réponses sont à transmettre aux organisateur·trices avant le lundi 11 mai 2026 à minuit, à l’adresse suivante : je-doct.ihmc@univ-paris1.fr

Comité d’organisation

  • Camille BOUGAULT-MATHIAS
  • Héloïse CORNELIUS
  • Mathieu GRUAU
  • Marcelin PORTELA
  • Pelayo VENTA-IBASETA

Présentation

Dans un contexte où les crises politiques, économiques, environnementales ou sanitaires [1] mobilisent nos attentions et où la notion même de crise est un outil heuristique [2], l’historien peut apporter du recul sur les dynamiques passées ayant conduit aux situations actuelles. Cette journée d’étude vise à aborder un large panorama de stratégies de réponses aux crises sous leurs aspects spatiaux, identitaires et mémoriels.

La définition de la notion de crise, du grec krisis – le moment décisif –, à l’origine employé en français dans un cadre médical [3], fait depuis longtemps débat, en raison de sa nature polysémique. Elle peut désigner une période brève d’instabilité et de troubles brusques, mais aussi des périodes longues au cours desquelles des structures dysfonctionnelles et en déséquilibre perdurent, ou simplement des états dans lesquels se trouvent des systèmes d’interactions. Les crises sont aussi vues comme annonciatrices de changements d’ampleur, de prises de décisions et de changements d’orientation mettant fin à des systèmes restés stables pendant longtemps, par des ruptures d’équilibre [4]. Enfin, la crise peut jouer un rôle de révélateur d’antagonismes entre les forces et les composantes des sociétés, ainsi que des capacités des sociétés à tirer parti des difficultés et à prendre des mesures palliatives [5]. Michel Dobry a démontré que dans les crises, les cloisonnements s’effondrent : les frontières institutionnelles deviennent poreuses ; les transactions entre acteurs ne sont plus régies par les règles habituelles [6]. L’historiographie porte autant sur l’attitude des institutions face à la crise [7] que sur celle des individus [8]. Elle s’intéresse également à la légitimation des crises [9], mais aussi de moments tels que « l’état de crise », la « fin de crise », en allant jusqu’à poser la question d’une crise des modes de gestion des crises [10].

La multiplicité des dimensions couvertes par la notion de crise peut donc servir à nourrir des cas d’études inscrits dans des échelles d’observation variées et portant sur une diversité d’acteurs. Nous proposons de tirer parti de cette pluralité de significations pour appeler à des approches suivant des angles multiples. Aussi trois éléments, qui peuvent fournir autant d’axes de réflexion, se distinguent : la question des espaces des crises ; la construction et la (re)négociation d’identités à l’occasion des crises ; enfin, la mémoire des crises comme élément constructeur de potentielles légitimités.

Axe 1 - Ressources en crise

Ce premier axe invite à réfléchir aux liens réciproques entre crises et ressources. Les ressources renvoient, de manière large, à l’ensemble des moyens matériels dont dispose un acteur ou groupe d’acteurs pour assurer son existence. Elles sont extrêmement diverses : on parle en effet de ressources naturelles, énergétiques, financières, ou encore spatiales.

La géographie sociale souligne que toute ressource n’existe que si elle est mise en valeur par les sociétés humaines [1]. Ce sont dans les modalités de cette mise en valeur que réside un potentiel de tensions, de conflits, voire, si ceux-ci ne sont pas résolus, de crises. Des inégalités d’accès à certaines ressources, un sentiment d’injustice quant à leur partage, des formes de compétition dans leur exploitation, la dégradation par certains de ressources nécessaires à d’autres, la raréfaction et le manque sont autant de problématiques susceptibles de générer des crises. Notons que dans le contexte actuel des changements globaux, ce dernier aspect est particulièrement saillant. Nous pouvons citer à titre d’exemple un rapport publié en janvier 2026 par l’Université des Nations Unies, alertant sur l’appauvrissement des ressources en eau et l’entrée de la planète Terre dans une ère de « faillite hydrique » (« water bankruptcy »), également qualifiée d’ère « post-crise » (« post-crisis era ») [2].

Réciproquement, les crises peuvent mener à une reconfiguration de la gestion et de l’exploitation des ressources par les acteurs, en ce qu’elles contribuent à redéfinir les rapports de pouvoir entre eux. Il s’agira ainsi d’interroger la relation dialectique entre crises et ressources.

Étudier les crises par le prisme des ressources encourage par ailleurs à porter une attention particulière à la matérialité de ces phénomènes. À cet égard, les apports de l’histoire environnementale semblent à même d’ouvrir des perspectives.

Axe 2 : Crises et (re)négociation d’identités

Ce deuxième axe thématique a pour objectif de recueillir des communications qui réfléchissent à la relation entre les crises et la construction des identités. Tout au long de l’histoire, les périodes de crise ont souvent été marquées par des moments de mobilisation sociopolitique et d’actions collectives qui ont constitué des expériences fondamentales dans la construction d’identités ou la renégociation de celles déjà existantes.

A l’inverse, de nouvelles identités politiques, de genre, de classe ou liées au nationalisme ont été à l’origine de crises. Par exemple, la renégociation des identités de genre pendant l’entre-deux-guerres, ainsi que les nouveaux modes de vie urbains qui y étaient associés, ont conduit certains secteurs politiques et sociaux à parler d’une « crise de la moralité traditionnelle ». Par ailleurs, la mobilisation des identités peut être considérée comme une stratégie de réponse à certains contextes de crise.

Il s’agit donc de réfléchir aux processus historiques dans lesquels les crises et les identités ont interagi réciproquement, en mettant en évidence la richesse et la complexité de leur relation, tout en évitant une vision unidirectionnelle et déterministe. Comment les différentes crises influencent-elles la construction et la redéfinition des identités ? Quelles sont les formes et les processus de la subjectivation politique identitaire en période de crise ? Quelles crises sont provoquées par la manifestation publique de certaines identités ?

Axe 3 - La mémoire des crises

Ce troisième axe propose d’interroger la manière dont les crises, une fois passées, continuent d’exister au sein des sociétés à travers leurs mémoires. Loin de disparaître avec leur résolution, les crises, en raison de leur caractère souvent exceptionnel, font l’objet de processus complexes de mise en récit, de transmission, mais aussi de sélection, voire d’effacement.

Cet axe entend ainsi explorer l’ensemble des processus qui président à la naissance, à la perpétuation et à la disparition des mémoires de crise, tout en prêtant une attention particulière à leurs transformations dans le temps. Il invite à envisager ces dynamiques dans une perspective à la fois diachronique et multiscalaire, afin d’analyser la manière dont les mémoires évoluent, se recomposent, se réinterprètent et circulent entre différents espaces. En lien avec l’axe 2, une attention particulière pourra également être portée aux interactions entre mémoire des crises et constructions identitaires.

Les mémoires des crises sont le produit de reconstructions successives, portées par une pluralité d’acteurs (institutions, groupes sociaux, individus). Ces dynamiques peuvent donner lieu à des mémoires concurrentes, qu’il s’agisse de tensions entre mémoire individuelle et mémoire collective [1], ou de conflits entre groupes sociaux porteurs d’expériences et d’intérêts distincts. Les crises apparaissent ainsi comme des moments privilégiés de cristallisation mémorielle, mais aussi de confrontation et de recomposition des récits du passé.

Enfin, cet axe invite à interroger la place et le rôle de l’historien face aux mémoires des crises, marqués par un double enjeu. Il s’agit, d’une part, de se frayer un chemin entre des constructions mémorielles multiples, chargées d’affects et parfois instrumentalisées, bien que « ces mémoires charrient des vérités souvent plus denses et plus intenses (car plus proches du vécu) que celles de l’historien » [2]. D’autre part, l’historien est lui-même inscrit dans ces dynamiques, en tant qu’acteur participant à la production de savoirs sur le passé, mais aussi comme partie prenante des régimes mémoriels dans lesquels il évolue, voire comme interlocuteur sollicité par des groupes porteurs d’identités en tension. Les crises du XXe siècle ont, à cet égard, particulièrement mis en lumière les enjeux liés au « devoir de mémoire » [3], auquel se sont opposées des approches historiographiques plus critiques et plurielles d’une même crise.

Bibliographie

« Ressource », Géoconfluences [consulté le 03 avril 2026].

ANGELI AGUITON Sara, CABANE Lydie et CORNILLEAU Lise « Anti-Crisis : penser avec et contre les crises ? », Critique internationale, 2019, n° 85/4, pp.107-121.

BASCHET Jérôme, Basculements. Mondes émergents, possibles désirables, Paris, La Découverte, 2021.

BORRAZ Olivier, NOVEMBER Valérie, « Le temps des crises. Une histoire de la gestion des crises en France », L’Année Sociologique, 2025/2, vol. 25, p. 97-133.

DOBRY Michel, Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2009 [1986].

FERRO Marc, Les individus face aux crises du XXe siècle. L’histoire anonyme, Odile Jacob, 2005.

KOSELLECK, Reinhart « Crise », Tracés. Revue de Sciences humaines, 2023, n°44.

LE ROY-LADURIE Emmanuel, « La crise et l’historien », Communications, n° 25, 1976.  THERET Bruno, « Crises », dansHAY Colin, SMITH Andy (dir.), Dictionnaire d’économie politique. Capitalisme, institutions, pouvoir, Paris, Presses de Sciences Po, 2018.

MORIN Edgar, « Pour une crisologie », Communications, 25, 1976.

SCHEFFER Marten et al., « Catastrophic shifts in ecosystems », Nature, 413, 2001.

SEYD Benjamin « A crisis of crisis management : The polycrisis, the organization of pessimism, and the defensive turn », European Journal of Social Theory, vol. 28, n° 4, 2025, pp. 644–671.

TOOZE Adam, Shutdown. How Covid Shook the World’s Economy, London, Allen Lane, 2021.

United Nations University – Institute for Water, Environment and Health, Global Water Bankruptcy. Living Beyond our Hydrological Means in the Post-Crisis Era, publiée le 20 janvier 2026 [consulté le 08 avril 2026].

WILKIN Alexis, « Le concept de crise est-il utile pour l’histoire médiévale ? Remarques conclusives », Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge [En ligne].


[1] À l’occasion de la crise de la Covid-19, Adam Tooze développe notamment le concept de polycrisis, qui étudie la manière dont les crises interagissent entre elles ( TOOZE Adam, Shutdown. How Covid Shook the World’s Economy, London, Allen Lane, 2021).

[2] MORIN Edgar, « Pour une crisologie », Communications, 25, 1976, p. 149-163.

[3] KOSELLECK, Reinhart « Crise », Tracés. Revue de Sciences humaines, 2023, no 44, p. 143-182.

[4] Ce thème a eu un impact non négligeable en sciences de l’environnement. On peut évoquer la notion de « seuil critique » (« tipping points ») : SCHEFFER Marten et al., « Catastrophic shifts in ecosystems », Nature, 413, 2001, p. 591–596. Voir aussi, du point de vue de l’historiographie : BASCHET Jérôme, Basculements. Mondes émergents, possibles désirables, Paris, La Découverte, 2021.

[5] LE ROY-LADURIE Emmanuel, « La crise et l’historien », Communications, no 25, 1976, La notion de crise, p. 19-33 ; THERET Bruno, « Crises », dansHAY Colin, SMITH Andy (dir.), Dictionnaire d’économie politique. Capitalisme, institutions, pouvoir, Paris, Presses de Sciences Po, 2018, p. 134-148.

[6] Ce dernier parle de « conjoncture fluide » ( DOBRY Michel, Sociologie des crises politiques [1986], Paris, Presses de Sciences Po, 2009).

[7] BORRAZ Olivier, NOVEMBER Valérie, « Le temps des crises. Une histoire de la gestion des crises en France », L’Année Sociologique, 2025/2, vol. 25, p. 97-133.

[8] FERRO Marc, Les individus face aux crises du XXe siècle. L’histoire anonyme, Odile Jacob, 2005.

[9] Entretien avec ROITMAN Janet. Traduction et notes de ANGELI AGUITON Sara, CABANE Lydie et CORNILLEAU Lise « Anti-Crisis : penser avec et contre les crises ? », Critique internationale, 2019, no 85/4, p. 107-121.

[10] SEYD Benjamin « A crisis of crisis management : The polycrisis, the organization of pessimism, and the defensive turn », European Journal of Social Theory, vol. 28, no 4, 2025, p. 644–671.

[1] « Ressource », Géoconfluences,https://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/ressource-s [consulté le 03 avril 2026].

[2] United Nations University – Institute for Water, Environment and Health, Global Water Bankruptcy. Living Beyond our Hydrological Means in the Post-Crisis Era, publiée le 20 janvier 2026, https://unu.edu/inweh/collection/global-water-bankruptcy [consulté le 08 avril 2026].

[1] HALBWACHS Maurice, La mémoire collective, Paris, Presses Universitaires de France, 1950.

[2] NOIRIEL Gérard, Penser avec, penser contre. Itinéraire d’un historien, Paris, Belin, 2003, p.76.

[3] LEDOUX Sébastien, Le devoir de mémoire : une formule et son histoire, Paris, CNRS éditions, 2016.

Publié le 14 avril 2026, mis a jour le jeudi 14 mai 2026

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