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Soutenance de thèse d’Élise Paysant

Justice musulmane, colonisation et société au Sénégal des années 1830 aux années 1930

Élise Paysant (ED 540, ENS-PSL) soutiendra sa thèse de doctorat intitulée « Justice musulmane, colonisation et société au Sénégal des années 1830 aux années 1930 », réalisée sous la direction d’Hélène Blais, en codirection avec Ismail Warscheid (IRHT, CNRS).

La soutenance se tiendra le vendredi 26 juin 2026, à partir de 9 h, salle Dussane, à l’ENS-PSL.

La thèse sera présentée devant un jury composé de : 

  • Hélène Blais (directrice de thèse, professeure des universités, ENS-PSL, IHMC)
  • Ismail Warscheid (co-superviseur de thèse, chargé de recherche CNRS, IRHT)
  • Camille Lefebvre (directrice de recherche CNRS, IMAF)
  • Augustin Jomier (maître de conférence, Inalco)
  • Ghislaine Lydon (full professor, UCLA)
  • Jessica Marglin (full professor, University of South Carolina)
  • Ibrahima Thioub (professeur émérite, UCAD, Dakar)

Résumé de la thèse

Cette thèse explore les pratiques judiciaires et juridiques musulmanes au Sénégal colonial des années 1830 aux années 1930 en montrant leur inscription dans la culture islamique savante sahélo-saharienne, longtemps occultée. Elle étudie ainsi les transformations de la justice et du droit musulman, sous l’effet conjugué des dynamiques de colonisation et d’islamisation. Sans nier les transformations profondes de la justice musulmane sous la domination coloniale, cette enquête conteste la thèse de la « colonisation juridique » selon laquelle la colonisation aurait conduit à la « démolition » de la charia et à la « fossilisation » du droit musulman depuis le xixe siècle (Hallaq, 2009). Elle montre au contraire l’éclosion d’une érudition jurisprudentielle musulmane échappant largement au contrôle colonial, dans un contexte d’accélération de l’islamisation et de recomposition des formes de religiosité et d’autorité religieuse en Afrique de l’Ouest.

À partir de l’examen des archives des tribunaux musulmans, croisées avec les archives judiciaires et administratives coloniales, cette thèse décrit l’évolution des pratiques des cadis et des jurisconsultes musulmans mais aussi des usages de la justice des croyants dans un environnement juridictionnel pluraliste. L’enquête met au jour les mutations de la justice musulmane provoquées par son incorporation dans le système judiciaire colonial, qui se met en place à partir de 1830 dans la ville de Saint-Louis, tout en mettant en lumière les limites du contrôle de l’État colonial sur les cadis et en montrant que des pratiques infra-judiciaires et jurisprudentielles islamiques persistent en dehors du cadre institutionnel colonial. Elle souligne ainsi le rôle joué par le droit musulman dans les profondes reconfigurations religieuses du moment colonial et invite à repenser la place de l’islam normatif dans l’histoire des sociétés ouest-africaines, en s’appuyant sur des textes jurisprudentiels manuscrits et imprimés.

Ce corpus largement inexploré révèle que le droit musulman est au cœur du projet de refondation d’une société musulmane par les fondateurs de confréries soufies et que leur réflexion savante ne se limite pas au domaine de la mystique, à rebours des stéréotypes coloniaux persistants de « l’islam noir ». 

Mots-clés : Islam ; Droit musulman ; Afrique de l’Ouest ; Justice coloniale ; Pluralisme juridique ; Empire colonial français ; Manuscrits arabes ouest-africains ; Histoire contemporaine


This dissertation investigates the transformations of Islamic legal practices in colonial Senegal from the 1830s to the 1930s and highlights their place in the scholarly Islamic culture of West Africa. It shows how Islamic legal practices were reconfigured in Senegal through the intertwined dynamics of colonization and Islamization, by drawing on a wide range of sources in Arabic and French : qadis’ court records, Islamic legal opinions and colonial judicial and administrative archives. While acknowledging deep changes under colonial rule, the study challenges the thesis of an irreversible decline of sharīʿa since the 19th century triggered by colonialism and the rise of the nation-state (Hallaq, 2009). Instead, it demonstrates the emergence of a local scholarship in Islamic law that largely eluded colonial control during a period of unprecedented expansion of Islam and far-reaching transformations in religious authority and patterns of religiosity through the rise of Sufi brotherhoods. 

The dissertation traces the evolution of the practices of official qadis, informal legal scholars, and litigants navigating a plural legal environment. It examines how the integration of qadis into colonial legal structures reshaped their judicial conduct, while exposing the limits of colonial oversight and the persistence of informal legal practices beyond institutional reach. It further underscores the role of Islamic law in the sweeping religious transformations of the colonial period and calls for a reassessment of the place of normative Islam in the history of West African societies, by uncovering a largely unstudied corpus of legal texts in manuscript and printed form.

This material shows that Islamic law was central to the agenda of religious and social renewal advanced by Sufi leaders and that their scholarly thought ranged far beyond mysticism, contrary to the enduring colonial stereotypes of “Black Islam”.

Keywords : Islam ; Islamic law ; West Africa ; Colonial legal regime ; Legal pluralism ; French Colonial Empire ; West African Arabic Manuscripts ; Modern History.

Publié le 19 mars 2026, mis a jour le mardi 2 juin 2026

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